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11 novembre 2019

Décarboner le transport aérien est une opportunité exceptionnelle pour Airbus

Extrait d'un article des Echos suite à un entretien avec G FAURY Président d'AIRBUS

Les préoccupations environnementales pourraient-elles compromettre la croissance du trafic ? 

Je pense qu'il y a beaucoup à faire pour améliorer la compréhension du public et des autorités de l'impact environnemental du transport aérien comparé aux autres modes de transport. Un avion moderne consomme environ 2 litres de carburant aux 100 km par passager, contre 6 à 8 litres pour une voiture. Le transport aérien représente 1/50e des émissions de CO2 de l'humanité, soit nettement moins qu'Internet. Cela étant dit, ces pressions environnementales sont une bonne chose. Je suis convaincu qu'il est nécessaire de transformer l'aviation commerciale pour régler ce problème des émissions de gaz à effet de serre. L'Europe est en pointe sur ce sujet et chez Airbus, nous voyons cela comme une opportunité exceptionnelle. Il n'y a pas beaucoup de moments dans l'histoire de l'aéronautique qui ont nécessité des changements technologiques aussi profonds. C'est à notre génération que la tâche incombe et c'est une chance, même si cela ne sera pas facile. C'est une opportunité industrielle, technologique, de poursuivre l'histoire de l'aéronautique commerciale, afin de continuer à permettre aux gens de se déplacer et de se rencontrer, sans porter atteinte à l'avenir de notre planète. 

Jusqu'à présent, ces pressions ont surtout débouché sur de nouvelles taxes… Quelles seraient les bonnes mesures à prendre pour agir sur l'impact environnemental ? 

Mettre des taxes sur les vols ou les billets qui ne contribueront pas à accélérer la transition énergétique du transport aérien n'est pas la solution. Ce dont nous avons absolument besoin pour mener à bien cette transformation, c'est d'un cadre réglementaire qui soit le même pour tout le monde. Je parle d'un schéma mondial qui s'imposerait à l'ensemble des acteurs du transport aérien. C'est ce qui a été fait, au cours des dernières décennies, en matière de sécurité des vols, et c'est ce qui a permis au transport aérien de devenir le moyen de transport le plus sûr de tous. 

Cela a été rendu possible par une réglementation mondiale homogène de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). On a besoin de la même chose pour l'environnement : un cadre stable, exigeant, qui soit le même pour tous, et qui permettra d'engager de gros investissements sur le long terme. Le pire des scénarios serait des réglementations locales et changeantes, qui casseraient toutes les logiques d'investissements. Et malheureusement, nous sommes encore aujourd'hui dans cette situation. Nous avons un début de schéma mondial, avec le dispositif CORSIA [« Carbon offsetting and reduction scheme » ; système de compensation des émissions de CO2 NDLR] qui est en train d'être mis en place par l'OACI. Il n'est pas parfait, mais c'est le seul dispositif mondial. Il faut absolument le crédibiliser, le renforcer et le faire réussir. En revanche, toutes les réglementations locales qui contribuent à ajouter de l'hétérogénéité, sont contre-productives pour la mise en oeuvre d'une aviation mondiale décarbonée. 

Que peuvent faire les Etats individuellement pour soutenir cette transition énergétique ? 

Outre un soutien très fort au schéma mondial CORSIA , nous appelons de nos voeux des investissements d'infrastructures, afin de rendre plus accessibles l'accès aux énergies nouvelles pour les compagnies aériennes. Mais aussi encourager l'usage des nouveaux carburants « soutenables » et le renouvellement des avions. Et demain, préparer le développement d'une filière hydrogène et autres sources de production d'électricité décarbonées. C'est un enjeu absolument majeur : tous les modes de transport auront besoin d'une source primaire d'énergie décarbonée. Cette source, ce sont les énergies renouvelables, pour certains pays, c'est aussi le nucléaire, et demain, d'autres progrès. C'est aux Etats de créer cet écosystème. 

Peut-on imaginer, dans un proche avenir, un transport aérien sans impact sur le climat ? 

On aurait tort de ne pas y croire. Tout le monde vise le « zéro émission » [à l'horizon 2050 NDLR]. Il y a dix ans, personne n'aurait cru cela possible. Aujourd'hui, notre industrie commence à voir les routes technologiques possibles pour y parvenir. Cela reste très difficile et cela nécessitera des investissements très importants sur une longue durée, mais il y a un chemin - et même plusieurs - vers une aéronautique décarbonée. Cela reposera sur une énergie « soutenable » stockée à bord 

Le successeur de l'A320 atteindra-t-il l'objectif « zéro émission » ? 

Dans un environnement réglementaire clarifié, il faudrait compter 4 à 5 ans de développements technologiques pour amener à maturité les technologies nécessaires, avant de pouvoir les embarquer. Notre objectif est de pouvoir mettre en service au plus tard en 2035 des appareils capables de parvenir à la neutralité carbone du transport aérien en 2050. Dans cette optique, un tout nouvel avion très décarboné, qui embarquerait les technologies « single pilot operation », les dernières technologies de connectivité, et qui serait produit sur un outil industriel très automatisé - ce qui est une autre de nos priorités - correspondrait à un lancement de programme dans la deuxième partie de la prochaine décennie. 

 


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