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20 mai 2021

Tour du monde de Lavina : 12- Magnifique Bouthan

 Magnifique Bhoutan   -   24 mars 2019

Voyager sous contrainte, ce n’est pas mon truc ! Chez nous la liberté individuelle est de plus en plus malmenée, alors partir ailleurs en étant assujetti à un itinéraire figé et des guides qui s’écoutent parler, gâche mon plaisir. Pourtant, j’ai accepté ce challenge en allant au Bhoutan : le pays limite le nombre de visiteurs et les fait accompagner du matin au soir ; il n’y a pas d’autre solution pour visiter qu’un tour «en pension complète».


Les régions où le bouddhisme tibétain sévit sont des lieux merveilleux à découvrir.

A la descente de l’avion, à Paro, seul aéroport international du Bhoutan, un monde différent m’attend. Venir ici n’est pas donné, mais cela en vaut vraiment la peine. J’ai abandonné le Bermuda pour le blue-jean du routard : il fait froid et le temps est gris, il pleut dans l’après-midi. De plus, je dois supporter ce que je déteste le plus dans les voyages : un guide. Elle est pourtant mignonne, Tschering. De plus, j’ai un chauffeur, Kancho. Mes déplacements sont totalement encadrés. Heureusement, le jeu en vaut la chandelle : le Bhoutan, c’est vraiment autre chose. Il s’agit d’une monarchie bouddhiste constitutionnelle accrochée à la partie orientale de l’Himalaya ; me voilà dans le pays du Bonheur National Brut (par opposition au PNB de nos société avancées) ; voilà une philosophie qui m’intéresse et j’ai six jours pour vérifier les effets de ce modus-vivendi auprès des 760 000 heureux de cet état pas très grand (300 km x 150 km), mais très haut (sommets à plus de 7000) ! On ressent très vite une grande zénitude dans les comportements et les belles images qui défilent ne sont pas altérées par des situations miséreuses.

J’ai une chance inouïe, j’arrive en plein «Paro Tsechu». Ce festival de danse et musique d’une durée de 5 jours a pour acteurs des moines accompagnés d’amuseurs masqués et costumés. C’est une façon de faire revivre la tradition. Deux heures après l’atterrissage, me voilà plongé dans l’atmosphère du pays : pratiquement toutes les personnes que je croise sont en tenue traditionnelle. Les hommes portent le wathang, sorte de longue chemise épaisse et colorée qui se termine en jupe sur de hautes chaussettes noires, et une écharpe blanche en travers du torse ; les femmes portent la Kira, blouse épaisse rentrée dans un sari. Cet accoutrement est largement porté : ce n’est que le soir en me promenant dans Paro que je croiserai, disons, une bonne moitié de personnes européanisées. Par moments, j’ai l’impression de revivre notre vieux moyen-âge.

 

Le festival se tient juste à côté du Ripung Dzong. Chaque district a son Dzong soit une vingtaine dans le pays. C’est une sorte de forteresse (celle-ci a servi en de nombreuses occasions pour défendre la vallée de Paro contre les envahisseurs tibétains) où se retrouvent aujourd’hui, côte à côte, les moines (monastère) et le gouvernement du District (sorte de préfecture) ; Politique et Religion sont amies. L’architecture est très belle et Bouddha très présent.

On ne peut venir dans l'Himalaya sans faire un trek. Non, je ne me lance dans une grande randonnée : 7 km aller-retour, mais quels kilomètres ! Au col du Douchala, à 3140 mètres d’altitude, 108 stupas trônent. De là, un chemin conduit au temple Lungchutse, 500 mètres plus haut. Le sentier très pentu est traversé par une multitude de drapeaux à prières agités au moindre souffle de vent. Marcher dans cette forêt de conifères et de feuillus couverts de mousses à la chinoise est une superbe découverte. Beaucoup de rhododendrons et je fais connaissance avec un nouvel arbuste fleuri producteur du thé bhoutanais : le Daphné. Malheureusement, on me promettait au départ, de belles vues sur la chaîne himalayenne mais les brumes et nuages semblent avoir une dent contre moi. Le temple se situe sur un pic et, en contrebas, 7 moines passent 3 ans et 4 mois à méditer, isolés, totalement déconnectés du monde. Comme ils n'ont aucun contact avec qui que ce soit, on les approvisionne individuellement par une trappe et ils cuisinent eux-mêmes. On est loin de tout et il fait froid : la neige vient à peine de fondre en ce mois de mars. Un moine s'occupe de l'entretien du temple et des rituels imposés par l'adoration de Buddha et du Guru Rinpoché qui, le premier, a médité 3 ans en ce lieu. Heureux d'avoir dépensé tant de calories dans cette merveilleuse nature, … mais pas question de revenir méditer ici ! L’un des treks suivants me conduit au superbe monastère de Taktsang, accroché à la paroi surplombant le vide. Un must.

Que tu visites un sanctuaire, que tu marches dans la nature, que tu entres dans une maison ou dans un hôtel, ... tu as partout des moulins à prières. Certains sont "automatiques", actionnés par un courant d’eau : une clochette percutée à chaque révolution t'indique sa présence. La plupart, gros ou petits, sont mis en rotation manuellement. Le moulin à prières traditionnel est constitué par un cylindre sur lequel sont inscrits des mantras en sanscrit et pouvant tourner librement autour d'un axe. Le mantra est une formule condensée (une ou quelques syllabes). On les répète sans cesse, avec un rythme monotone, à des fins de prière ou de méditation. Selon la croyance, actionner le moulin à prières a la même valeur spirituelle que de réciter des mantras : la prière est censée se répandre dans les airs comme si elle était prononcée. "Om maṇi padme hūm", en six syllabes, est le plus célèbre mantra du bouddhisme bhoutanais. Le répéter te donne force et chance. Lorsque tu viendras ici, n'oublies pas d'apprendre par cœur "Om maṇi padme hūm" ; tu impressionneras tes interlocuteurs. Encore une fois : "Om maṇi padme hūm" !

Près du village de Lobesa, dans l'ouest du Bhoutan, il y a un petit temple dédié à la fertilité : Chime lhakhang Temple. On y vénère le moine Drukpa Kunley. Les femmes bhoutanaises, mais aussi japonaises et américaines y viennent en pèlerinage dans l’espoir de procréer. Pour cela, elles doivent faire trois fois le tour du monastère en portant dans leurs bras, comme un bébé, un énorme phallus en bois. Hors pèlerinages, cet artifice est exposé au pied de l'autel où trône l'image de Drukpa Kunley et, non loin, un cahier de photos témoigne des naissances. Ce moine tibétain était arrivé ici au XVème siècle. C'était un alcoolique notoire, un coureur de jupons invétéré. Il utilisait son pénis pour subjuguer les démones, ... et convaincre les villageoises. Longue est la liste des démones ayant défailli sous les coups de son sexe. Sur les murs blancs de toutes les maisons de Lobesa, les peintures de phallus n’échappent pas à ton regard. Ces symboles phalliques, toujours en éjaculation, protègent les maisons et leurs habitants du mauvais œil et des ragots. Le contrôle des peurs passe par des symboles. A mon retour, j'en accrocherais bien un sur le pare-chocs de ma voiture comme remède anti-accident ... mais, il y a de fortes chances qu’on me le pique. Alors, j’ai seulement rapporté le souvenir attendri de l’inénarrable Drukpa Kunley.

 

 

Si tu veux faire un beau voyage, le délicieux Bhoutan t’enchantera !

Yves LAVINA (4)

 

Auteur

Mon truc à moi reste le voyage ! Oui, je suis un dromomane comme me le souffle Sylvain Tesson. Je pensais que « Partir » était simplement une nécessité irrésistible de mouvement, la bougeotte, quoi ! J’ai compris que Partir c’est sortir de la grisaille du quotidien, s’enthousiasmer à l'idée de rencontres inattendues et savoureuses, retrouver les vraies valeurs du vivre et rejeter son absurdité. Partir à plusieurs c’est comprendre mieux, ensemble, notre humilité ; Partir seul c’est mettre en échec la solitude, pour finalement revenir… afin de mieux Repartir … jusqu’au dernier départ. Voir les 12 autres publications de l'auteur

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