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17 décembre 2020

Zoom sur Laurie DOUAUD (43)

Laurie Douaud, récemment nommée directrice d'une usine Mecachrome, expose son parcours et son expérience dans la gestion de la crise COVID.


 

Bonjour Laurie, tu as eu les honneurs de la presse ces derniers temps, qu’est ce qui a pu conduire une ingénieure ENIT sous les feux de la rampe ?

Laurie Douaud (43ème promo) : C’est un peu particulier, on est dans un contexte économique pour l’aéronautique assez complexe, baisses de cadence très importantes, voilà pourquoi j’ai été sollicitée pour cette interview en tant que directeur atypique, jeune (33 ans).

Si on reprend ton parcours qu’est ce qui t’a amenée à faire l’ENIT ?

Je ne savais qu’elle était ma voie au sortir du bac, l’ENIT a été une opportunité assez improbable car je pensais m’orienter vers un DUT. Je pense avoir été admise grâce à ma prestation à l’oral ou je suis assez à l’aise. C’était un challenge assez intéressant que de faire une école d’ingénieur avec prépa intégrée.

Belle réussite non ? Mais comment s’est déroulé ta première recherche d’emploi ?

Je suis de la promo 43. Mes stages, comme mes premiers emplois, je les ai trouvés grâce au réseau ANIENIT. Ce sont des anciens qui m’ont proposé ceux-ci, et le réseau m’a permis de progresser avec leur soutien.

Ce parcours pourrais-tu expliquer les opportunités et/ou les difficultés que tu aurais rencontrées ?

Pour ma part je n’ai jamais eu de période sans emploi, j’ai eu beaucoup de chance pour ça. Dès la sortie d’école j’ai eu des opportunités qui m’ont amenée vers des fonctions plus commerciales avant de prendre la direction de l’usine où je me trouve aujourd’hui.

J'ai commencé la vie active dans la maintenance industrielle. Puis, j'ai été chargée d'affaires dans l'aéronautique pour des activités de tôlerie et chaudronnerie. J'ai ensuite été embauchée chez Hutchinson, filiale de Total, dans la division Aerospace et Industrie. J'ai été dans un premier temps positionnée sur le développement commercial de l'Europe du sud puis je me suis rapidement fait confier d'autres zones géographiques: Chine, Israël, Brésil... et enfin les Etats-Unis. Les marchés étant très attractifs aux USA, et les contacts que j'avais pu engager très fructueux, l'opportunité d'expatriation m'a rapidement été proposée. Une expérience à vivre!

A mon retour en France, une opportunité s'est créée chez Mecachrome avec une proposition de poste pour la Direction commerciale Moteur. C'était un nouveau challenge pour moi: développer la connaissance des clients automobiles (Porsche, Ferrari, Renault...) en complément des clients de l'aéronautique et du spatial. Mes équipes étaient basées en Europe, ça m'a aussi permis de retrouver un meilleur équilibre personnel avec moins de déplacements internationaux. 

Comme difficulté rencontrée il peut être compliqué d’être une jeune femme auprès de certains interlocuteurs mais on m’a laissé ma chance et j’ai pu progresser grâce à un mentor, ancien de l’ENIT, qui m’a beaucoup poussée (NDR : Raphaël NADJAR de la 32, il faut le remercier). Il m’a fait intégrer un grand groupe où j’ai pu voir beaucoup de choses et permis de partir en expatriation aux Etats Unis et voyager dans beaucoup de pays du monde ; ce qui m’a fait progresser dans la compréhension des cultures, d’apprendre techniquement, de mettre en pratique mes acquis de l’ENIT. J’ai aussi toujours été très proche des opérations, du terrain, pour comprendre les problématiques qualité, de livraison, afin de pouvoir répondre aux clients et transmettre et faire comprendre aussi leurs difficultés en interne.

Au retour des Etats-Unis j’ai à nouveau changé d’entreprise, toujours dans le commerce de produits très complexes en aéronautique, environnement moteur. Après quoi on m’a proposé ce poste de directeur d’usine en janvier 2020. C’était une surprise mais une réelle opportunité à saisir. Malheureusement la crise du coronavirus touche très fortement l’aéronautique ; mais nous avons une équipe très soudée qui permet de trouver des solutions, de s’adapter, d’être flexible et de continuer à survivre tans qu’on peut en essayant de construire.

Si on reprend ce poste te sentais-tu préparée à ça ?

Je ne me suis jamais posée la question d’être capable ou pas. Je pars du principe que les personnes qui m’ont proposé le poste pensaient que j’en étais capable. C’était un nouveau challenge, et j’aime ça, avec des enjeux de mon domaine de compétences dans un environnement favorable, déjà performant, avec des patrons qui font confiance et qui poussent à développer les personnes ; alors il faut foncer.

Parle-nous alors du problème majeur que tu as rencontré, et comment un.e ingénieur.e ENIT peut y répondre.

Cette crise économique c’est une cascade, des avions qui ne volent pas c’est notre client qui produit moins d’avions et les sous-traitants qui souffrent. Cette crise, elle est là, on ne peut rien y changer pour le moment et la plus principale préoccupation c’est d’être proche des salariés qui souffrent beaucoup. Les périodes de chômage partiel s’allongent, les situations financières sont complexes, certaines personnes sont dans des situations très précaires, et donc notre rôle, avec mon équipe, c’est de chercher des solutions : fonds de solidarité, mettre en place des rotations pour limiter le chômage partiel, et rester proche des gens pour les écouter. Au-delà d’une crise économique c’est aussi une crise sociale. Moralement on a du mal à faire face, aussi bien pour les opérateurs que pour les gens des bureaux, directs ou indirects tout le monde souffre. On a besoin de beaucoup parler, beaucoup communiquer, pour partager ces moments et ces inquiétudes et tenter de rassurer au mieux sur ce que sera demain. Mon parcours ENIT m’a permis de me développer sur cet axe là, surtout grâce à la partie associative que l’on avait dans l’école ; c’est un point très fort, tant en interne qu’en externe dans le cadre d’organisation d’évènements. Ce doit être conservé et maintenu pour le développement personnel des élèves.

Une fois ces difficultés réglées comment vois-tu la suite ?

Aujourd’hui nul ne sait si on pourra régler ces difficultés, et malheureusement la suite j’aimerais la projeter à deux ans mais je vis encore au jour le jour. Situation difficile dans la gestion d’un centre de profit ; ne pas pouvoir se projeter au delà de trois mois c’est frustrant. Il faut savoir l’accepter et trouver au quotidien les choses qui permettent de rester motivée et garder les équipes motivées.

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui voudrait faire comme toi ?

Aujourd’hui la formation ENIT est très complète d’un point de vue technique et diversité des enseignements que l’on peut acquérir. On est généraliste et donc en mesure de comprendre les différents métiers que l’on retrouve dans le monde du travail. Ce qui est important c’est quand on arrive dans le monde du travail on a une formation de base mais on a encore les quarante prochaines années pour tout apprendre. Dans une récente interview Share le terme humilité a été employé et il faut arriver avec cette humilité dans le monde du travail. Aujourd’hui chacun a à apprendre des autres, c’est valable pour nous à la sortie d’école, même si on peut apporter de notre côté, il faut écouter sans croire que l’on a déjà tout appris. Un autre aspect c’est de ne pas se concentrer que sur le salaire et les croyances qui circulent sur le niveau de celui-ci. Il faut prendre le temps d’apprendre et on est toujours récompensé un jour ou l’autre. On voit de nouveaux ingénieurs réclamer beaucoup alors qu’ils n’ont rien prouvé ; il faut prendre le temps d’apprendre avant d’avoir des niveaux de salaire auxquels on prétend. C’est très important, à mon avis, de bien comprendre ça pour obtenir une juste récompense. Ne soyez pas impatients, les choses finissent toujours pas payer, et ce n’est pas sans effort, sans travail et sans sacrifice que l’on arrive à obtenir des postes de direction.

En conclusion ?

Faites surtout ce que vous avez envie de faire, faites un métier qui vous plait, qui vous anime. N’oubliez pas de trouver l’équilibre entre votre vie personnelle et votre vie professionnelle, c’est très important. Il faut rester équilibré pour  réussir et pour s’épanouir.

A force de travail on peut toujours atteindre ses objectifs, Oscar Wilde disait : « il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ».

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